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  INTERVIEW
JAZZ SUD
Date : 28 novembre 2005
Par : Luc Bouquet


::: MICHEL BACHEVALIER CAFARNAL TRIBU :::

Entre garrigues et antiques rochers, nichée sur l'une des anciennes collines de l'antique Nemausus, la Cafarnal Tribu n'en est pas à son coup d'essai. Coopérative de musiciens (jazzmen, musiciens traditionnels, improvisateurs), Cafarnal Tribu organise de nombreuses manifestations et rencontres musicales tout au long de l'année sur la ville de Nîmes et ses alentours. Rencontre avec son créateur, le batteur-percussionniste Michel Bachevalier.

::: INTERVIEW - 28 11 2005 :::

Peux-tu nous expliquer l'histoire de Cafarnal ?

Michel Bachevalier :
"C'est une vieille histoire. A vingt-huit ans, j’étais un jeune fou, je jouais, composais, j'essayais de faire jouer les copains, je montais des groupes et notamment le Michel Bachevalier Group. Il y avait plusieurs formules, du trio au quintet... Je revendiquais un jazz qui se jouait ici dans le Sud. J'étais souvent sollicité pour des plans underground. J'ai appelé ce contexte Cafarnal Tribu en référence au capharnaüm, au carnaval.... Nous nous retrouvions entre copains, nous n'avions pas d'argent mais on faisait la bringue (rires). C'est ainsi qu'est né le premier Cafarnal. Un orchestre s'est donc monté qui s'est appelé Cafarnal Tribu. C'était un orchestre de scène mais aussi une fanfare. L'orchestre s'est mis en stand by quand je suis parti au Brésil. Personnellement, j’ai continué ma carrière de musicien en free lance puis, il y a quelques années, j’ai eu envie de relancer l'aventure. J'ai constaté que pour écouter du jazz (des musiciens qui discutent), il fallait courir dans les autres villes. Et puis sincèrement, je m'emmerdais à Nîmes, il n'y avait rien qui aille dans ce sens. Alors, pourquoi ne pas le faire nous-mêmes ? J’ai donc repris ce nom de Cafarnal Tribu qui était donc une pièce du puzzle. L'idée de monter la coopérative est née petit à petit du rassemblement de ces pièces. Nous avions besoin de jouer, besoin d’aller écouter les autres jouer et avions envie de voir autre chose que des brésiliens avec des plumes dans le cul ; des cow-boys avec un Stetson interpréter de la mauvaise country; des musiciens qui croient jouer du jazz et qui n'appliquent que des recettes d'une forme de jazz d'après-guerre. L'exotisme, c'est ça qui nous tue ! C'est sympa mais à forte dose, ça nuit à la créativité et à l'identité. Le jazz pour moi, ce sont des musiciens qui se retrouvent et dialoguent, c’est une conversation. J'avais envie d’entendre ça dans mon quotidien. Cafarnal c'est donc une concertation entre des musiciens qui ont ce besoin et ce sentiment qu'il faut faire. Ensuite, c'est aussi se confronter à l'organisation, planifier un calendrier, continuer à être artiste tout en étant aussi administrateur. C'est assez éprouvant mais tellement passionnant."


Tu as parlé de coopérative, tu fais un distinguo entre coopérative et collectif ?

Michel Bachevalier : "C'est un autre mot. En ce moment, nous sommes en association loi 1901. Une coopérative, c'est un état d'esprit au départ. Nous aspirons à devenir une société coopérative comme il en existe dans d’autre corps de métier. Les bénévoles et intervenants de Cafarnal seront alors actionnaires. Nous sommes en train d’y travailler avec un conseiller juridique et financier tout en sachant que les artistes embauchés -et qui sont les moteurs du collectif- ne pourront pas être actionnaires car quand tu es intermittent du spectacle, tu ne peux pas être actionnaire. Donc, il va falloir trouver d’autres solutions."


Parles-nous des actions de Cafarnal, des concerts par exemple.

Michel Bachevalier :
"Nous essayons d'exprimer ce qu'est le jazz aujourd'hui sans oublier les musiques dites traditionnelles. Je n'aime pas ce terme de traditionnel. Il y a une expression qui revient en force en ce moment et qui est : des racines et du jazz. J'aime bien cette idée. Nous nous intéressons au travail qui a été fait par les anciens, les paysans, les joueurs de tambour de joute, les hautboïstes, tout ce répertoire que l’on appelle les caïtos. Ce sont des thèmes ancrés dans notre mémoire collective mais dont on ne connaît pas les compositeurs. Il y a des farandoles, des bourrées (Michel chante). Nous possédons notre propre lieu qui est la Guinguette. Malheureusement, elle ne peut fonctionner que l’été mais dans le futur nous espérons la transformer en un club ouvert toute l’année. Pour l'instant, nous travaillons avec d'autres salles : le Mille Feuille, le Hadock Café et le Mobile Home à Nîmes, Mamzelle et les Moustiques à Vauvert. On travaille aussi avec des musiciens montpelliérains et arlésiens. L'idée c'est d'agrandir le plus possible le territoire du grand Sud pour que les musiciens se rencontrent et jouent ensemble. On peut imaginer faire des rencontres avec des musiciens marseillais, toulousains, niçois... Bref rendre à nouveau populaire cette culture du jazz, que ce soit dans des bars, des théâtres ou des salles de concerts, en faisant en sorte que les prix d'entrée soient accessibles pour tous. Pourquoi ne pas penser à un jazz du Sud qui pourrait se faire entendre au-delà de nos frontières ? Je pense que c'est possible."


Cafarnal c'est aussi une collection de disques. Tu peux nous en parler ?

Michel Bachevalier :
"Ça va de pair ! Ce sont des autoproductions. Pourquoi les appeler autoproductions d'ailleurs ? Parce que nous ne sommes pas signés par des majors ? Nous fabriquons les disques, nous téléphonons à la SDRM, nous payons les droits (rires)."

Je crois que vous avez un projet avec le label Usine de Jérôme Bourdelon.

Michel Bachevalier :
"C'est le saxophoniste Luciani Pagliarini qui est à l'origine du label Usine. J'ai rencontré Luciano à l'époque où Cafarnal était un orchestre. Quand il est remonté en Lorraine, il a crée les Brigades d'Interventions Musicales –les BIM de Lorraine- et a fondé un label indépendant. Au lieu de créer un label, autant prendre un label qui existe déjà et qui en phase avec notre philosophie du partage. Nous venons de sortir Catamaran et nous espérons pouvoir sortir bientôt d'autres disques dans cette collection. Il y aura sans doute différentes collections : musiques improvisées, musiques traditionnelles. Une charte a été crée à cet effet."


Cafarnal est-il aidé par les instances culturelles de la région ?

Michel Bachevalier :
"Oui, ça commence. Pour ma première demande de subvention, le Conseil Général du Gard nous a octroyé 5000 € pour l'ensemble de nos actions. En 2005, j'ai demandé de l'aide à la ville de Nîmes en parallèle au Conseil Général et à la DRAC. Le Conseil Général ne nous a pas encore répondu cette année mais la ville de Nîmes nous a donné 3000 €. Pour la DRAC, j'avais envoyé un dossier mais ils m’ont proposé de remplir un autre type de dossier. Par mail, ils m'ont envoyé un pavé incroyable (rires)... et je leur ai rapporté en mains propres une bible (rires). Nous avons eu 12 000 € pour l'ensemble de nos actions. Je pense donc que la démarche de Cafarnal est bien reçue et comprise par les pouvoirs publics. Ce ne sont pas les parisiens qui vont venir ici faire jouer les nîmois, les héraultais, les avignonnais. Qui mieux que nous pouvons le faire ? Alors, c'est vrai que c'est un boulot de fou mais plus on est de fous, plus on rit !"


Aujourd'hui beaucoup de musiciens créent des collectifs. Esthétique du partage ou possible solution pour continuer d'exister ?

Michel Bachevalier :
"Un peu des deux mais ce qui me semble certain, c'est que l'attaque du MEDEF faite aux intermittents a mis un grand coup de pied dans quelque chose qui était foireux, disons-le franchement. Je suis intermittent depuis des années et je me défonce pour ce métier-passion. Le statut d’intermittent était là pour palier aux heures de bénévolat que nécessite notre métier. Bien sûr, certains se contentaient de faire leurs 43 cachets, plus ou moins bidons, plus ou moins réels. C’est vrai que ce statut était une vraie passoire. Ce n’est peut-être pas plus mal. Je ne suis pas assez compétent pour en parler mais parait-il que ce sont toujours les gros qui continuent à en profiter. De ma planète, je suis un musicien de jazz, un musicien du Sud, je suis engagé dans ma profession comme étant en mission, j'ai une foi en ce métier et une dure réalité à l’appliquer. Si d’autres musiciens ont eu la même réflexion que moi et qu’ils montent des coopératives dans ce but, je ne demande qu’à les rencontrer, nous aurons sans doute beaucoup de choses à nous raconter. Je pense aussi que c’est quelque chose de latent à chaque artiste qui se sent un peu isolé. Ça me semble être quelque chose de physique et instinctif que de se retrouver entre personnes qui se ressemblent. Ma première référence c'est l'AACM. Quand j’ai compris cette démarche, j’ai dit c'est ça qu'il faut faire ! L'ARFI l'a très bien compris."


Nous n'avons pas parlé des formations de Cafarnal.

Michel Bachevalier :
"Ce sont des formations évolutives dans le sens où de plus en plus de musiciens se rallient à notre démarche. Le batteur Samuel Silvant a monté un trio avec Rémi Charmasson et Daniel Malavergne un peu à cause de la pression de Cafarnal Tribu. Nous lui avons trouvé trois dates et il a été obligé (rires) d'y aller. Il y a le trio d'arrosage dont le premier disque est en cours de fabrication. Il y a mes propres formations qui vont du trio au quintet. Je n'oublie pas le chemin du Rachalan. La liste s'allonge... Peut-être qu'il y aura Boumag un jour (rires)... Je pense qu'il y aura aussi pas mal d'échanges avec les nancéens du label Usine."


Et si on parlait de Michel Bachevalier et de son parcours. Ça a commencé comment pour toi la musique ?

Michel Bachevalier :
"A quinze ans, avec les copains, nous organisions des boums dans les garages de nos parents. Et nous voulions que ce soit les meilleures boums du quartier (rires). A tel point que nous avons récolté de l’argent pour faire jouer des groupes. Et nous avons constaté que toutes les filles étaient attirées par les musiciens. On s'est dit : ça craint ! C'est comme ça qu'on est devenus musiciens. Pour les filles (rires) ! Bon, on était fous de musique aussi ! Certains ont arrêté, d'autres ont continué. Moi, j'ai mordu à l'hameçon. J’ai choisi la batterie parce que je pensais que c'était un instrument facile (rires)... J'ai constaté que c'est un mauvais plan pour les filles parce que le temps que tu plies ton instrument, elles sont déjà parties avec les autres musiciens (rires). J'ai pris des cours de percussions avec Jacques Peyrot puis j'ai commencé à faire du bal dans son orchestre. J'avais seize ans et demi mais il faut dire qu'à l'époque, le bal n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. C'était super ! Il y avait un pupitre de cuivres, on jouait du Otis Reeding, Jimi Hendrix, Beatles et Rolling Stones. Et puis, il y avait le musette. J'y ai appris plein de rythmes différents. J'ai continué ma scolarité puis constatant que je tournais en rond, j'ai eu envie de voir ailleurs. C'était l'époque où le bal commençait à dégénérer, il y avait de plus en plus de bagarres générales, de plus en plus de choses commençaient à m’échapper. Je suis devenu maçon, peintre en bâtiment, j’ai fais une formation de dessinateur industriel tout en refaisant du bal de temps en temps. J’ai réussi à un moment donné à ne faire que de la musique. Aujourd’hui, je continue d’apprendre et d’avancer dans une réalité que je suis heureux de partager avec de plus en plus de gens."


Tu as fait du rock avant de faire du jazz ?

Michel Bachevalier :
"Oui, j'ai fait du rock puis du be-bop. En parallèle, j'accompagnais un chanteur occitan. J'ai vécu au Brésil, j'ai donc tout naturellement pratiqué cette musique puis je suis parti aux Antilles. Pour moi, le jazz ce n'est pas une forme arrêtée mais un état d'esprit. L'été dernier, j'ai fait une trentaine de dates avec la pena d'Aigues-Mortes ; tout ça parce c'est une des rares penas qui joue des caïtos. Avec eux, j'ai l'impression de faire du jazz, ce sont des éléments que j’ai envie d'intégrer dans mon jazz."


Tu as vécu à Paris ?

Michel Bachevalier :
"Non, j'ai fait quelques allers-retours mais je n'ai jamais eu envie d'habiter à Paris. A choisir, j'aurais préféré m'installer à Barcelone. J'ai bientôt cinquante balais, je n'ai plus l’âge de faire le guignol. J'aime bien me balader à Paris, y aller quand il faut y aller mais c'est tout."


Et le Michel Bachevalier Group ?

Michel Bachevalier :
"Tout dépend des périodes. Il y a eu Pulsion avec François Quillet aux claviers, Philippe Gareil à la basse, Gérard Couderc au saxophone. De temps en temps le percussionniste Robert Falzarano dit Fougasse venait nous rejoindre. Serge Lazarevich, Jean-Charles Agou sont aussi passés dans le groupe. En parallèle de Pulsion, il y a eu Cafarnal Tribu. Quand je suis rentré du Brésil, j’ai travaillé en free-lance. Aujourd’hui, je me vais me consacrer à des projets plus personnels. J’ai en projet de travailler en trio avec pianiste et organiste."


Peux-tu nous parler d'Untel ?

Michel Bachevalier :
"C'était un trio avec Jean-Marc Padovani aux saxophones et Philippe Gareil à la basse électrique. C’est un trio que nous avons monté à l’époque du GAAM (Groupe d’Action et Animation Musicale) et qui aurait pu être Cafarnal Tribu d’ailleurs. Le GAAM était une idée du percussionniste Alain Joule. Nous animions des ateliers, Jean-Marc Padovani et moi dirigions la fanfare du GAAM."


Tu enseignes la musique ?

Michel Bachevalier :
"J'ai enseigné un petit peu mais j'ai tellement de travail à faire sur le terrain. J’ai envie de monter un atelier de tambours et de caisses claires d’orchestre. Faire un atelier qui s’autofinance avec des amateurs de tous âges et des professionnels s’ils veulent bien venir. Faire du groove de masse avec une trentaine de tambours, traverser des villes ainsi, tu imagines ?"


Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Siegfried Kessler ?

Michel Bachevalier :
"Nous nous sommes rencontrés grâce au peintre Richard Brechet qui tenait le Malibi (Mouvement Aléatoire pour la Bonne Interprétation des Bonnes Idées)Jazz Club à Uzes. Il avait monté un cirque pendant la feria de Nîmes et il voulait un trio pour trois soirées. Il m'a proposé de jouer avec Siegfried. Pour l'une de ces soirées, la bassiste n'a pu venir et il se trouve que nous nous sommes éclatés en duo, beaucoup plus qu'en trio d'ailleurs. C'est une histoire qui dure depuis quinze ans. Nous venons d'enregistrer Catamaran et allons faire quelques dates. Richard Brechet m'a également fait jouer dans son club avec Mal Waldron. Cela nous a permis de jouer en duo au festival de Dudelange (Luxembourg)... en je ne sais plus quelle année ! En tout cas, cela avait été un bon concert. Quand j'y retourne de temps en temps pour jouer avec Luciano, les organisateurs de l'époque en parlent toujours comme ayant été un des meilleurs concerts qu'ils aient programmé. Cela m'a fait un choc d'apprendre sa mort ! Et en même temps, j'ai été content pour lui car il est mort dans son lit, tranquille... la plus belle des morts à mon avis, le "devoir" accompli."

Propos recueillis à Nîmes le 3 novembre 2005 par


::: NOTES :::
Pour tous renseignements :
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Michel Bachevalier
Michel Bachevalier
© Christine Baudillon    


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