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FANZINE
::: AVIGNON JAZZ FESTIVAL 2006 : XV éDITION DU TREMPLIN JAZZ :::

Une édition qui devrait rester dans les annales de l'histoire du Tremplin Jazz , premier concours européen qui a lieu traditionnellement début août à Avignon...

Premier concours de jazz européen, les six groupes de jeunes musiciens, sélectionnés pour la compétition, espèrent obtenir le premier prix, à savoir un concert l’année suivante dans la Cour d’honneur du Palais des Papes et un enregistrement au célèbre studio de la Buissonne, sous la direction de Gérard de Haro.
Certains des concerts de l'Avignon Jazz Festival qui intègre le Tremplin Jazz, sont programmés au Palais des Papes, cette année Dee Dee Bridgewater et le trio d'Ahmad Jamal. Malgré le prix de location élevé, demandé par la régie municipale en charge de ce lieu mythique, on put compter près de 1700 spectateurs sur les 2000 de la Cour d’Honneur.

Le quintet d'Airelle Besson-Sylvain Rifflet et le "duetto" Mirabassi-Boltro s'installèrent au Cloître des Célestins, à l'entrée de la cité papale; un retour aux sources en quelque sorte, puisque Jean-Paul Ricard, le directeur de l'Ajmi, se souvenait d'avoir vu, à la fin des années soixante et de l'ère Jean Vilar, des concerts "historiques"(Don Cherry, Sonny Rollins...) quand le jazz faisait bon ménage avec le théâtre contemporain populaire.

Le Tremplin est une manifestation bien installée dans le paysage culturel de la ville, créée il y a quinze ans par une association de bénévoles déterminés, passionnés de la première heure : le Président Robert Quaglierini, Michel Eymenier, le directeur artistique, l'irremplaçable Marie-Josée Mas, secrétaire et cheville ouvrière du Tremplin, sans oublier tous ceux qui s'activent à la technique, au son, à la communication...
L'un des photographes, Claude Dinhut, constitue chaque année un press-book attachant, et personne ne rechigne à servir pendant les entractes sandwiches et boissons dont la cuvée de Cairanne, spécial tremplin, le Côte du Rhône partenaire de ce concours.
Leur travail efficace et le soutien d’un nombre grandissant d’entreprises privées du département, démarchées lestement par René Sacchelli, a permis à l’association de se développer depuis les premiers temps, plus modestes.
L'affluence est telle, lors des concerts gratuits des deux soirées du Tremplin, que l'on refuse du monde aux Célestins, certes plus petit que les Carmes. C’est qu’un public de fidèles et d’amateurs s’est désormais constitué, loin des flux touristiques drainés par le Festival de théâtre: volontairement, l’Avignon Jazz Festival commence quand les Avignonnais retrouvent enfin leur ville. Comme le Tremplin démarre juste après la fin du festival, une communication préalable par affichage est impossible, l’équipe municipale ayant au contraire pour tâche d’enlever les milliers d’affiches en tous genres du festival "off" qui dévorent le moindre espace disponible de la cité.

Dans le Cloître des Célestins, dont l’église désaffectée a accueilli un des spectacles- phares du festival de théâtre, la performance "Paso Doble" du chorégraphe hongrois Joseph Nadj et du peintre catalan Miquel Barcelò, concouraient les six groupes français et européens, en présence d’un jury attentif composé de personnalités du monde du jazz, musiciens, ingénieur du son, représentants de labels, journalistes de la presse spécialisée, producteur.
Le président était cette année le pianiste italo-belge Eric Legnini qui a su mener son groupe avec compétence et sensibilité.

Le premier groupe belge Saxkartel surprit d’emblée par sa maîtrise dans un contexte toujours délicat, celui d'un quartet de saxophones sans basse ni batterie. La formule, pour n'être pas neuve, n'en est pas pour autant si fréquente actuellement, sauf dans le free jazz peut-être.
Le répertoire exclusivement jazz incluait des compositions et aussi de très beaux arrangements du leader, le saxophoniste baryton Tom Van Dyck. Ainsi "Brilliant Corners", composition difficile de Monk en 1956, "Skylark" d'Hoagy Carmichael et Johnny Mercer (immortalisée par Sonny Rollins) ou "Ear conditioning" du pianiste Ronnie Ball (partenaire de Warne Marsh) furent reprises avec une subtilité harmonique et une puissance habilement maîtrisée. Dans une telle formation, l'absence de rythmique implique la plus grande rigueur dans la polyphonie. Les quatre musiciens faisaient front sur le plateau : leurs personnalités affirmées de solistes s'effacèrent résolument pour ne mettre en avant qu'un beau travail d'équipe, articulé avec précision. Les envolées de chacun sont courtes, car seul le jeu collectif l'emporte.

On était encore sous l’emprise de Saxkartel que déjà le second groupe Paragon (anglo-allemand dans sa composition) occupait la scène, exprimant un potentiel intéressant, de belles couleurs pour une musique plus ouverte. Le saxophoniste leader Peter Ehwald, frêle mais décidé, annonçait, non sans humour, les titres souvent expressifs, racontant la difficile recherche d’un appartement à Londres, ou la galère de la vie d'artiste. S'il jouait avec fluidité, inexplicablement, le son manquait souvent de puissance. Par contre, la vivacité rythmique du batteur Mirek Pischny fut pour beaucoup dans l’installation du son de groupe et dans le groove.
Pour le dernier groupe, changement de style radical avec le quartet créé en 2003, du saxophoniste alto Sylvain del Campo : si on était frappé par la l'intensité et l'énergie de ses compositions originales,

Suite

le flot continu d’une musique complexe, très brillante techniquement rendait peu accessible la performance.

Lors de la deuxième soirée, on put croire que l’on allait assister à une bataille de quartet de saxophones avec ces Heavy fingers venus de Montpellier, un sextet tonique composé d’un quartet de saxophones et d’une section rythmique.
En fait, peu d'éléments de comparaison purent s'établir : les six musiciens, tout de suite à l'aise, se déplacèrent sur scène et dans le public de fort belle façon ; s'ils laissèrent parfois apparaître quelques gimmicks un peu prévisibles pour un quartet de saxophones, leur musique garda fraîcheur et spontanéité. Assurément, ce groupe qui fonctionne sans partition, sur les compositions originales du saxophoniste ténor Arnaud Jourdy, est à suivre.
Les paris étaient ouverts, cette année il y aurait du suspense…

Le Samy Thiébault quintet (Paris) dévoilait un projet résolument plus ambitieux en exposant un seul morceau, une suite de 30 minutes intitulée ‘Eveil’ qui ne fut pourtant pas très convaincante.
Le dernier groupe, belge, tout à fait déroutant, à défaut de l’adhésion de tous, gagna les faveurs du jury (Prix de la Composition) : il jouait visiblement de cette approche décalée, kitsch par moment, proposant un assemblage invraisemblable, collant des séquences très diverses, du musette au western, sans oublier la pop, et même de purs moments de free . Le trompettiste leader Carlo Nardozza quelque peu lunaire, mais fort précis techniquement, attaché à son embouchure, claironne tout le temps : la musique part dans tous les sens, parfums et sons exotiques tournent pourtant, illustrant les scènes imaginaires d'un film extravagant, au scénario décousu.

Les délibérations furent animées, les musiciens revenant pour un boeuf pendant que le public votait de son côté. Le jury opta pour un choix harmonieux, plus équitable, ne réservant pas, à l’instar de certaines cérémonies amplement médiatisées, tous les prix au même groupe.

Saxkartel l’emporta sans trop de difficulté, pour la beauté des arrangements, la synthèse musicalement complexe, respectueuse des divers courants.
Le prix de la meilleure composition alla au Carlo Nardozza quintet , même si la lutte fut rude avec Heavy Fingers . Le public consacra Paragon dont le batteur Mirek Pischny fut déclaré meilleur instrumentiste.

Le président du jury, Eric Legnini était l’invité de la soirée de clôture et il donna en trio le concert de Miss Soul, son dernier disque sorti chez Label Bleu.
Il attaqua, comme sur le disque, par "Memphis Dude", en hommage au pianiste Phineas Newborn Jr., un excellent choix pour célébrer le retour aux sources de la soul et du gospel, « l’école noire » du piano.
Eric Legnini actualise le soul jazz des années 60 dont les figures les plus représentatives furent Bobby Timmons, Les Mc Cann, Horace Silver ou Ray Bryant . Comment ne pas se réjouir de sortir enfin (en Europe du moins) des pianistes sous influence classique ?
Eric Legnini connaît cette musique et arrive sans revivalisme aucun, à rendre toujours actuelle une musique révolue. Encore qu'une certaine prudence s'impose quand on évoque la relation au temps dans la musique de jazz.

Avec une tranquille assurance, ce pianiste énonce son credo avec gourmandise et décline les influences les plus diverses qu’il a parfaitement assimilées d’"Horace vorace" (en souvenir d’Horace Silver) à Clifford Brown ("Daahoud") ; il aime autant la pop et reprend à merveille Bjork , ne dédaigne pas de donner une couleur funky ("Home Sweet soul"), sait aussi composer en évoquant Fellini ("La strada") quand il ne reprend pas avec délicatesse des standards tel ce précieux "Prelude to a kiss" d’Ellington .

Malgré un mistral violent, froidement tenace, le public fut conquis par l' énergie jubilatoire, le sens du tempo partagé avec Rosario Bonaccorso, contrebassiste chantant, nerveux et inspiré. Frank Agulhon, le vaillant Avignonnais n’était pas en reste à la batterie.

Un réel sens mélodique, un phrasé élégamment bop, swing et blues à fleur de touches, marquèrent ce concert "à l’ancienne", d'un groupe habile à illustrer l'active mémoire du jazz, musique qui n'en finit pas de revivre, ravivée, dépoussiérée des scories d'époque, quand elle est jouée avec l'intelligence du coeur.
D’ailleurs, quand survinrent les invités surprise (membres du jury), le trompettiste turinois Flavio Boltro au timbre puissant qui reprend les thèmes à merveille - il connaît Legnini depuis quatorze ans- et le saxophoniste alto breton Pierrick Pedron, une véritable révélation, on eut droit à un échange intense, chaleureux et émouvant : une interprétation idéale de "These foolish things", l'un des thèmes préférés de Michel Eymenier, collectionneur, complètement fou de Lester Young . Avec un dernier rappel sur "There's no greater love" s'achevait cette soirée remarquable des quinze ans de Tremplin.
Vivement l'année prochaine...


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::: LIENS :::


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AVIGNON JAZZ FESTIVAL 2006 : XV éDITION DU TREMPLIN JAZZ
© x


Date : 24 août 2006
Sophie Chambon


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© Claude DINHUT et Marianne MAYEN
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