La fête à Charlie annonçait pour cette sixième édition l'avènenement d'une ère nouvelle avec une programmation construite sur une idée militante d'un jazz actuel , un "jazz en marche" Si la canicule abandonnait provisoirement du terrain pour le week end du festival, sur le magnifique domaine de Fontblanche de près d'un ha entre les deux communes des Pennes Mirabeau et de Vitrolles, un vent de révolte couvait cependant sur le lieu.
En ce vendredi 4 juillet "Indépendance day" pour les Américains, les Intermittents du spectacle continuaient avec détermination leur mouvement. Et après un démarrage en fanfare de la Bête à Bon Dos, orchestre à géométrie variable des folklores imaginaires, en début de soirée dans le parc ombragé de platanes centenaires que l'association a enfin pu récupérer après la défaite de la municipalité "Mégret", le public attendait avec intérêt quelques éclaircissements sur la suite de la soirée.
Louis Sclavis et Bruno Chevillon avaient en effet décidé de ne pas jouer ce soir là. Louis visiblement très préoccupé et Bruno Chevillon tout autant concerné, approuvant derrière lui, avoua soutenir l'action de l'ARFI (Association pour la recherche d'un folklore imaginaire ) avec laquelle il débuta sa carrière, qui a annulé son festival "l'ARFI met un pied dans le Pilat", décision "grève-cœur" et auto-mutilation. En toute logique, continuer la lutte implique de ne pas "choisir" ses festivals. Cependant, Sclavis proposa au public intéressé de le rejoindre à la fin de la soirée, ce qui devait donner lieu à des discussions intéressantes sur les points délicats du dossier, permettant d'approcher le clarinettiste et le contrebassiste d'ordinaire peu bavards.
 | Toute la soirée n'était pas annulée pour autant : fort heureusement pour des raisons différentes mais non divergentes, Jean Marc Padovani directeur du festival "Assier dans tous ses états" dans le LOT (46) entraîna son septet dans un hommage à Dolphy de très belle facture, dans un nouveau programme intitulé "Out, la musique d'Eric Dolphy" qui devrait sortir en CD chez le label 2Z à l'automne.
Les instrumentistes sont absolument formidables, habitués à se frotter à l'urgence de la déclaration musicale : du batteur Jacques Mahieux, fidèle complice de Claude Barthélémy, vif d'attaque et tout en nuances, à Gérard Pansanel dont la guitare exaltée dispensa de belles envolées ; de Michel Marre, trompettiste rare et fulgurant, à Franck Tortiller vibraphoniste énergique et passionné, sans oublier Olivier Sens très sérieux dans son engagement à la contrebasse, et enfin le plus jeune, le saxophoniste alto, Bruno Wilhelm, incisif, brillant et ardent à la fois. Souhaitons longue vie à ce groupe ainsi révélé, affirmant avec superbe sa dimension orchestrale, mais apte à privilégier aussi les divers apartés en duos, ou trios non moins captivants. Les compositions de Dolphy délicates, subtilement élaborées, fringantes et lyriques sont un régal : de Feather (en hommage à Leonard Feather, musicien et critique célèbre), GW (référence à Gérald Wilson, trompettiste, compositeur et arrangeur pour le cinéma, chef d'orchestre actif des années soixante, revenu à Paris à la fin du mois de mai), de Mandrake, Serene, ou Something sweet, Something tender, on ne saurait dire à quel point le programme s'enchaîna fluide, libéré.
Rendons hommage à l'instigateur de ce projet intelligent et fédérateur, Jean Marc Padovani qui retravailla cette écriture à laquelle se soumirent les individualités présentes, pour laisser apparaître une structure rigoureuse et dense, tout en donnant l'impression d'une création continue et imprévisible. Un jazz effervescent aujourd'hui encore , car toujours porteur de sens et de vertus formelles. . |